top of page

Africaine, elle dénonce les féminicides




Déesse, chanteuse originaire du Cameroun, vit en Bretagne. Auteur-compositeur-interprète, elle s'accompagne à la guitare, pour chanter des ballades qui dessinent les contours de l'amour. Dans sa dernière chanson, elle aborde - en le dénonçant - le thème du féminicide, qui lui tient à cœur.


INTERVIEW :




Bonjour Déesse. Vous venez de produire – vous avez écrit le texte et composer la musique – une chanson, qui dénonce la condition des femmes battues et maltraitées par leur mari ou leur compagnon. La cause de ces femmes vous tient particulièrement à cœur ?


Oui, bien entendu, en tant que femme moi-même, je suis sensible à cette cause. En tant qu’artiste, je possède peut-être une certaine sensibilité qui me fait me sentir plus concernée. Il est évident qu’il convient de faire cesser ces violences qui font souffrir les femmes et déshonore définitivement les hommes qui les commettent.





Avez-vous le sentiment que la justice française est suffisamment à l’écoute de ces femmes, qui endurent ces violences depuis plusieurs mois, voire même, plusieurs années ?


Non ! Il est évident que la réponse judiciaire est bien trop lente. C’est probablement dû au manque de moyens, en termes de magistrats, de greffiers et également aux audiences surchargées des tribunaux. Mais, pendant des années, les violences matrimoniales ont été considérées comme des faits mineurs ! Un proverbe faisait alors florès dans les milieux populaires : "Bats ta femme tous les jours ! Si tu ne sais pas pour quelles raisons, elle … elle le sait !". J’ai entendu cela très souvent ! La société était très fortement machiste et beaucoup de femme subissait, sans jamais se plaindre !






Pensez-vous que les officiers de Police Judiciaire soient assez efficaces pour protéger ces femmes victimes de sévices corporels ?


Là encore, les habitudes et les pratiques évoluent. Les plaignantes sont accueillies  dans les commissariats par des fonctionnaires de police qui ont reçus une formation idoine. De plus en plus, ce sont des femmes qui occupent ces fonctions d’accueil. Les victimes reçoivent plus d’empathie de la part d’une policière. Mais, malheureusement, c’est aussi encore une question de moyens. Les policiers sont débordés, par des affaires de petites délinquances. Ils ne peuvent consacrer assez de temps aux plaintes des femmes battues. Il faut que le ministre de l’Intérieur affecte plus de moyens à la lutte contre ce fléau qui voit une femme assassinée, tous les 3 jours !







Devrait-on mettre en place des dispositifs qui permettraient à ces femmes d’oser aller pousser la porte d’un commissariat de police, pour déposer une plainte à l’encontre de leurs bourreaux ?


Une totale confiance en les enquêteurs est primordiale. Si une femme victime de violences conjugales pense qu’elle sera mal accueillie, voire raillée, elle n’aura pas envie de venir déposer plainte. Les ministres de l’Intérieur et de la Justice, doivent s’emparer de cette thématique et améliorer l’accueil des victimes. Les services sociaux doivent avoir des attitudes autres que celles qui consistent à privilégier les vies des enfants de femmes battues. Très souvent, malgré le péril pour leurs propres vies, des victimes de sévices conjugaux, ne vont pas porter plainte, uniquement parce qu’elles ont peur de voir leurs enfants placés dans des familles d’accueil.




Pensez-vous que ces femmes, si elles ont des enfants en commun avec leurs conjoints violents, ont plus de difficultés à saisir la justice, du calvaire qu’elles vivent ?


Lorsqu’une femme est battue par le père de ses enfants, elle subit – en quelque sorte – une double peine. A l’humiliation et à la douleur occasionnée par les coups, vient s’ajouter la souffrance d’envisager de se séparer de ses enfants ou de les priver de leur père. Ce dernier peut avoir une attitude criminelle avec sa compagne et aimer, dans le même temps, ses enfants. Ce n’est pas forcément antagonique. Et de leurs côtés, les enfants peuvent adorer leur père, même s’ils sont malheureux de voir leur mère battue. C’est la quadrature du cercle pour ces femmes, qui souffrent de cette situation qui accroit encore leur drame. 




 

Pensez-vous que c’est dès l’école primaire, que les jeunes garçons doivent recevoir un enseignement pour les obliger à respecter les femmes qui vont partager leurs vies quand ils seront adultes ?


Je ne suis pas persuadée que ce soit bien le rôle de l’école, d’inculquer aux jeunes garçons, la conduite à mener vis-à-vis de leurs futures compagnes. Les parents et les grands-parents doivent s’emparer de cette éducation. De manière générale, il faut expliquer aux enfants qu’ils doivent prohiber toute forme de violences, quelles qu’il s’agisse de violences conjugales, mais aussi de violences commises envers d’autres êtres humains, sans oublier celles commises envers les animaux. Ils doivent comprendre que la violence doit être éradiquée. Mais les nations et leurs guerres, ne donnent vraiment pas l’exemple à suivre !







Une chanson peut-elle faire bouger les lignes ?


Une chanson, si elle est bien conçue, reste "dans la tête" plus longtemps que des paroles ou des écrits. Si la mélodie a été composée dans le but de convaincre, le message qu’elle véhicule est plus prégnant. Je pense qu’une chanson, si elle ne peut pas résoudre tous les problèmes, peut susciter de l’attention sur l’un d’eux, parce qu’elle demeure dans l’inconscient collectif t s’y incruste de façon durable. On ne se souvient pas de dates historiques ou des capitales de certains pays ou encore des théorèmes appris pendant notre scolarité, mais en revanche, on se souvient parfaitement des paroles et des mélodies des chansons de notre adolescence. On les fredonne sans se tromper, trente ans plus tard. Les chansons sont imputrescibles !







Les mères des petites filles ont-elles un rôle de mise en garde à jouer, pour leur éviter de subir ces violences ?


C’est un aspect de la problématique qui ne reçoit que peu de réponses. Toutes jeunes, les fillettes doivent apprendre à ne pas laisser s’installer la violence dans leurs vies quotidiennes. Dès la première violence, une réaction doit être mise en place, pour éviter qu’elle ne soit reproduite. Les femmes, qui pratiquent de plus en plus les sports – et plus précisément des sports de combats – sont plus aptes à se défendre elles-mêmes.

 

 






Pensez-vous que les mentalités et les comportements masculins sont en train d’évoluer dans le bon sens, depuis quelques années ?


C’est certain ! Depuis ces dernières années, la "libération de la parole" des femmes, a contraint les hommes à réviser leurs comportements vis-à-vis des femmes. Cela va dans le bon sens. Mais le chemin à parcourir est encore long ! Le poids de l’ancestral patriarcat est encore très important dans notre société. 







On en parle très peu, mais il existe aussi des violences matrimoniales dans des couples de lesbiennes. Cela démontrerait que la problématique n’est pas forcément un conflit entre hommes et femme, mais plus généralement les antagonismes nés d’une vie en commun. Qu’en pensez-vous ?


Les violences conjugales dans des couples de femmes sont encore très peu nombreuses et on ne peux pas en tirer des conclusions significatives. Mais effectivement, si le phénomène perdurait, on pourrait se poser la question de savoir si les violences conjugales ne sont pas plus engendrées par la vie quotidienne des couples, qu’un affrontement homme/femmes. C’est le respect et la considération de l’autre qui sont susceptibles de résoudre les problèmes. Et puis, peut-être qu’un jour… l’amour triomphera-t-il ?






Propos recueillis par Luc Boutet



77 vues0 commentaire

Comments


bottom of page